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Judaïsme et christianisme au Moyen Âge

Colloque international

 

18 et 19 oct. 2017 - Metz, Institut européen d’écologie


Avec le concours de la Fondation de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour le développement des recherches en histoire religieuse du Moyen Âge (André Vauchez, Prix Balzan 2013).

Programme disponible

Nous nous attacherons à élucider un point important, mais qui a été jusqu’ici laissé pour compte : les rapports entre Judaïsme et christianisme au Moyen Âge. Nous le ferons, tout d’abord, de manière générale avec les spécialistes actuels de la question : Israël Jacob Yuval de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a écrit un livre de référence (‘Deux peuples en ton sein’. Juifs et chrétiens au Moyen Âge, Paris, Albin Michel, 2012), Daniel Boyarin de l’Université de Berkeley qui s’intéresse à la partition entre Judaïsme et christianisme, non seulement dans les premiers siècles, mais aussi au Moyen Âge, et Moshe Idel de l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de la mystique juive médiévale. Or, au Moyen Âge, le dialogue entre Judaïsme et christianisme s’est pour une part effectué sur le plan de la mystique.

En l’élucidant avec Moshe Idel, il sera possible d’aborder l’autre volet du colloque : le rapport entre Eckhart et la mystique juive et de mieux comprendre un certain nombre d’images eckhartiennes : celle de la bullitio, de l’arbre qui a ses racines dans le ciel (Commentaire du Livre de la Sagesse)

Nous prendrons également en compte plus largement le rapport entre Eckhart, l’un des intellectuels majeurs du XIV° siècle, et le Judaïsme. La relecture de Maïmonide par Eckhart a déjà été travaillée. C’est le domaine d’études spécifique de Yossef Schwartz de l’Université de Tel Aviv, qui viendra spécialement de Tel Aviv pour ce colloque. David Lemler de l’Université de Strabourg, Éric Mangin de l’Université de Lyon, qui ont également travaillé la question, interviendront en dialogue, Tilman Borsche de l’Université de Oldenburg élargira la question à la philosophie médiévale dans son ensemble, et Alberto Ambrosio précisera la place des penseurs arabes dans cette réflexion.

Nous serons également amenés, en lien avec l’Équipe de Markus Vinzent et de Dietmar Mieth, à en rechercher les sources de ce rapport entre Eckhart et le Judaïsme, afin de reconstituer, à partir de l’étude des archives, le dialogue qu’Eckhart a mené avec le Judaïsme contemporain pendant les cinquante années qu’il a passées à Erfurt : avec Rabbi Asher ben Yechiel, David ben Abraham, Baruch ben Yechiel…, qui avaient pour maître Rabbi Meir de Rothenbourg, considéré comme le plus grand talmudiste de l’époque. De ces échanges, qui jusqu’ici n’ont pas été travaillés, Eckhart a apparemment beaucoup appris sur le plan de la lecture de l’Écriture, ce qui l’a amené à opérer des mutations importantes par rapport à la lecture habituelle qui en était faite, en laissant de côté le découpage argumentatif des péricopes au profit de celui des aphorismes, propres au Livre des Proverbes. Par-delà la chaîne argumentative, qui se déroule temporellement dans les discours, il y a les jeux de renvois entre MiChi é (proverbes ou paraboles), qui sont autant de notes qui se répondent harmoniquement. C’est exactement ce dont témoigne le Livre des Paraboles de la Genèse, dont nous venons de réaliser l’édition française aux Belles Lettres, avec la traduction de Jean-Claude Lagarrigue. Ce sera dont l’occasion de valoriser cet ouvrage original et de mieux en assurer la diffusion par des articles, tables-rondes… complémentaires, car il présente l’avantage d’exprimer le mieux le caractère unique de la tentative eckhartienne de donner une légitimité biblique à l’exégèse médiévale, centrée sur des « autorités ».

Ainsi serons-nous amenés à situer l’exégèse eckhartienne dans l’exégèse médiévale, dans les rapports entre exégèse juive et exégèse chrétienne et à préciser son apport, ce qui n’a pas été fait de manière systématique jusqu’ici. Gilbert Dahan, qui a renouvelé, ces dernières années, le domaine ouvert par Henri de Lubac (Exégèse médiévale, Paris, Aubier, 1959) et Beryl Smalley (The study of the Bible in the Middle Ages, Oxford, 1940), en prenant en compte les rapports entre exégèse juive et exégèse chrétienne, nous y aidera, ainsi qu’Annie Noblesse-Rocher et Jean Ehret.

Nous envisagerons aussi le dialogue  qu’Eckhart a eu avec le milieu juif de Strasbourg, ce qui nous orientera davantage du côté du hassidisme, et qui permettra à Jean Devriendt de préciser quel a été pour Eckhart l’apport du Sefer Hassidim  et quelle réinterprétation il en a donnée dans son anthropologie, quel lien il envisage entre le hassid et l’homme noble…

Harald Schwaetzer de l’Université de Bernkastel-Kues envisagera le rapport entre le Sermon pascal d’Eckhart et la Haggadah de Pâques et Wolfgang Christian Schneider s’attachera à la dimension iconographique.

Ce colloque, qui sera articulé aux journées européennes de culture juive, vise à faire avancer la recherche quant aux rapports entre Judaïsme et christianisme en général et quant aux rapports entre Eckhart et le Judaïsme en particulier.


 Ce Colloque s’inscrit dans l’Axe 1 : THEMYS du Laboratoire Écritures EA 3943 et en fera avancer la recherche sur un point qui est au centre de l’actualité de la recherche : celui des rapports entre Eckhart et le Judaïsme. Il répond également au projet MSH : JECMA.